Mercredi 21 mars 2012
3
21
/03
/Mars
/2012
21:19
Samedi 3 mars dernier, nous voici parties, votre webmestre préféré et le photographe du blog, on « the road again » direction les Facultés Universitaires Notre Dame de La Paix à Namur
(FUNDP pour les intimes… ^^)
Pourquoi me direz vous ? Pour un petit rendez vous annuel dans ces très beaux locaux de FUNDP : le Colloque d’Ethologie du cheval, édition 2012. Sujet du jour, le Cheval au travail.
Et qu’on ne s’y méprenne pas, il s’agit bien de l’Ethologie, avec un grand E, autrement dit, la Science qui étudie le comportement des animaux dans leur environnement naturel, tournée ici sur le
cheval .
Nous avons abordé l’expression comportementale de la douleur, du stress, les notions d’apprentissage, et surtout ici, "l’équitation « éthologique » et éthologie appliquée, sœurs ennemies ?
".
Sujets vastes et intéressants, la journée garantissait d’être fructueuse.
Trois conférenciers se sont partagés 4 conférences et plusieurs instants de questions réponses :
- Claire Diederich, département Médecine Vétérinaire, FUNDP Namur,
-Marc Pierard, « Belgian Center for Equitations Science »
-Marc Vendenheede, Faculté de Médecine vétérinaire de Liège (up ! ^^)
On entend ici par éthologie appliquée, « la mise en œuvre des connaissances éthologiques chez les animaux domestiques » (source= colloque d’éthologie du cheval 2012). Ici, le but est donc
d’utiliser les connaissances acquises grâce aux recherches scientifiques, pour maintenir et améliorer le bien être du cheval dans sa vie en captivité.
De même, l’équitation éthologique est vue ici comme étant « une approche de la relation homme cheval qui s’inspire du comportement du cheval en liberté ». (source : colloque éthologie du cheval
2012).
Différents exposés nous ont été proposés :
-l’introduction à la démarche scientifique qui sous tend l’éthologie appliquée. Autrement dit, comment fonctionne la recherche. Sujet très intéressant quand on connait les difficultés
qu’ont les chercheurs à trouver des financements, et à être publiés.
- Expression comportementale de la douleur et du stress. L’exposé était basé notamment sur la thèse de Marie Peters, dont nous étions allées voir la soutenance. Ici il s’agit de comprendre qu’est
ce que le stress (l’eustress, l’overstress, le distress ?), d’en faire le lien entre sa vie au naturel et la vie imposée par l’homme (vivre dans 9m² pour un animal de step, hum… ), le stress est
d’ailleurs mesurable par le cortisol salivaire ; qu’est ce que la douleur, d’où vient elle physiologiquement et comment l’analyser en tant qu’être humain, alors qu’on ne peut pas la mesurer… Le
conférencier nous a expliqué notamment qu’il n’existe pas à ce jour de « consensus quant à la notion de douleurs animales, son diagnostic et sa prise en charge en médecine équin, chez des
vétérinaires pourtant considérés à juste titre comme garants de la santé et du bien être des animaux » (cf : résumé de Marc Vandenheede concernant sa conférence). Tout un programme me direz vous
! Sa conférence s’est terminée sur l’expression de la douleur : l’animal ne peut appeler à l’aide, et il est nécessaire à l’homme d’interpréter correctement les attitudes d’un animal souffrant,
d’autant que celui-ci ne l’exprime pas de la même manière que son voisin ! (quid des bovins qui n’ont pas d’expressions faciales, et qui expriment peu la douleur contrairement à un cheval par
exemple, comment savoir si la vache souffre ? …).
Il faut faire appel au monde sensoriel de l’animal, à son éthogramme, ce qui est fait notamment dans des échelles validées scientifiquement qui commencent à apparaitre…
- mécanismes d’apprentissage appliqués au travail du cheval. Ici il est nécessaire de comprendre quelques notions, pas toujours évidentes :
habituation : ou la disparition de la réponse innée de peur après qu’un stimulus/ une situation ait été
présentée plusieurs fois à l’animal sans aucune conséquence favorable ou défavorable.
Sensibilisation : phénomène inverse de l’habituation. Pas d’habituation au stimulus, bien qu’aucune
conséquence n’apparaisse. Agiter un drapeau provoque toujours de la peur par exemple.
Conditionnement classique : conduit à provoquer des réponses réflexes suite à l’exposition à un nouveau
stimulus qui a été régulièrement présenté de manière couplée à un stimulus originale (exemple : arriver avec un mors que le cheval voit et dont il se défend parce qu’il n’est pas adapté)
Conditionnement opérant : consiste à conduire l’animal à répéter volontairement une réponse pour obtenir
un renforcement : « lève= lever l’antérieur ».
Renforcement positif : quelque chose d’agréable qui est donné au cheval : une gratounette au garrot
suite à la réalisation d’un exercice correct.
Punition positive : vise à diminuer la réponse du cheval, par quelque chose qui est à nouveau « donné »
au cheval : un coup de cravache parce qu’il a mordu par exemple.
Renforcement négatif : vise à augmenter la réponse d’un cheval en supprimant un stimulus aversif :
appuyer un cheval en le poussant avec sa main, lorsqu’il s’écarte, la pression disparait.
Punition négative : vise à diminuer l’apparition d’un comportement en supprimant quelque chose
d’agréable : le cheval vous montre ses fesses au boxe lorsque vous apporter le foin, vous repartez avec le foin…
Tous ces mécanismes d’apprentissage doivent respecter plusieurs principes et notamment celui du temps : un comportement obtenu par ces méthodes doivent être immédiatement suivis de la réponse
adéquate : à l’ordre lève, le cheval lève l’antérieur = une carotte, ou bien supprimer le toucher de la main par exemple.
-La théorie de l’apprentissage en équitation, ou comment traduire ces mécanismes d’apprentissage en langage cheval ?
Ici Marc Pierard et Claire Diederich ont essayé de nous expliquer comment on peut appliquer ces méthodes d’apprentissage au cheval. Il y a 8 points essentiels qu’il est nécessaire de respecter
:
1) Comprendre la théorie de l’apprentissage et l’appliquer correctement
2) entrainer des signaux clairement distincts pour éviter la confusion
3) entrainer et façonner des réponses une à la fois
4) Entrainer une seule réponse par signal
5) Pour créer une habitude efficacement, une réponse apprise doit être une copie exacte des réponses précédentes
6) entraîner la persistance des réponses
7) éviter et dissocier les réponses de fuite (parce qu’elles résistent l’extinction et causent des problèmes de peur)
8) repérer la relaxation (pour assurer l’absence de conflit)
Chose importante qu’a précisé le conférencier : il n’existe pas qu’une seule façon d’entrainer qui correspond à ces principes…
-Enfin, la dernière conférence était donnée par Marc Pierard sur ses constatations de la réalité sur le terrain. Il a insisté sur la nécessité d’intégrer les données de la Science sur le
comportement du cheval à l’entrainement. Cet entrainement est encore trop souvent basé sur des traditions, des expériences personnelles et des enseignements que chacun donne au cas par cas, qui
ne sont pas toujours fondés sur des réalités scientifiques, prouvés, objectives.
L’évolution actuelle de l’équitation tend à prouver que les cavaliers recherchent de plus en plus une relation saine avec leurs compagnons à quatre membres, mais il règne une confusion gênante,
où le vocabulaire des anglo-saxons peut apporter une nuance non négligeable : natural horsemanship correspond à l’équitation que les francophones qualifient d’éthologique, trop souvent raccourcie
au terme « éthologie » ; ethology, est bien pour eux la science du comportement, et non une forme d’équitation.
D’autre part, le conférencier nous met en garde sur les approches qui consistent à se glisser dans la peau d’un cheval : un homme est différent physiquement du cheval, et ne peut donc pas avoir
ses comportements… il est alors fort difficile de parler le langage corporel du cheval. Les notions de dominance aussi sont inexploitables à cause de ce biais.
L’idée de tenir compte de la nature du cheval ne doit cependant pas être perdue de vue, et c’est bien là que les techniques d’apprentissage doivent être mises en œuvre.
Quelques cas concrets nous ont été présentés comme les chevaux de la police fédérale belge, avec notamment un cheval qui refusait de monter dans un van, ou comment interpréter un cheval qui
charge une barre comme un acte de peur et non une « envie d’y aller » et comment régler le problème.
Voilà le « bref » résumé de cette journée riche en apprentissages !
Alexhcl